
Le ministère de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale a présenté, ce lundi 10 août, son portefeuille de programmes et de projets de réformes visant à moderniser le système de protection sociale en Guinée. Cette rencontre a permis de mettre en avant plusieurs initiatives majeures destinées à renforcer l’inclusion sociale, améliorer l’accès aux soins et adapter les mécanismes de protection aux réalités économiques du pays.
Parmi les interventions phares de cette présentation, celle de la Directrice générale de la Caisse de Prévoyance Sociale Générale, Aminata Diallo, a retenu l’attention. Elle a exposé les principales réformes envisagées pour élargir la couverture sociale, notamment en faveur des travailleurs du secteur informel et des populations vulnérables.
Selon Aminata Diallo, la protection sociale constitue un outil essentiel pour accompagner les citoyens face aux différents risques de la vie, notamment la maladie, le chômage, les accidents professionnels ou encore les difficultés liées à la retraite.
« La protection sociale est l’ensemble des mécanismes mis en place pour venir en aide aux personnes vulnérables, aux fonctionnaires, aux travailleurs et aux retraités face aux différents risques de la vie », a-t-elle rappelé.
Un système à élargir au secteur informel
La Directrice générale a souligné que l’un des principaux défis de la Guinée reste la faible couverture sociale des travailleurs du secteur informel. Alors que plus de 80 % des travailleurs guinéens évoluent dans ce secteur, le système actuel demeure principalement orienté vers les employés du secteur formel.
Face à cette réalité, elle estime nécessaire de repenser le modèle existant afin de construire une protection sociale plus inclusive.
« Nous devons passer d’une protection sociale centrée essentiellement sur les travailleurs du secteur formel à un système capable de prendre progressivement en charge les travailleurs informels et les personnes vulnérables », a-t-elle indiqué.
Cette réforme s’inscrit également dans la dynamique économique actuelle, notamment avec les perspectives liées au développement du projet Simandou, qui devrait entraîner d’importantes transformations économiques et sociales.
Le programme présenté prévoit plusieurs axes prioritaires : la modernisation du cadre juridique, l’extension de la couverture sociale, la digitalisation des services de protection sociale ainsi que la mise en place de nouveaux mécanismes de financement.
Sur ce dernier point, Aminata Diallo a évoqué la possibilité d’explorer des sources alternatives de financement, notamment à travers certaines taxes spécifiques destinées à soutenir durablement les dispositifs sociaux.
Pour elle, la protection sociale ne doit pas être perçue uniquement comme une dépense publique, mais comme un investissement stratégique.
« La protection sociale n’est pas seulement une dépense sociale. Elle constitue un instrument de résilience économique et de cohésion sociale », a-t-elle affirmé.
La Couverture maladie universelle au cœur des réformes
L’un des projets majeurs présentés concerne la mise en œuvre de la Couverture maladie universelle (CMU). Selon Aminata Diallo, cette réforme représente une avancée importante pour garantir un meilleur accès aux soins à l’ensemble des populations.
Inscrite dans les orientations nationales, la CMU ambitionne de permettre aux citoyens d’accéder aux services de santé sans que les dépenses médicales ne deviennent une cause d’appauvrissement pour les ménages.
Le projet vise à couvrir au moins 50 % de la population guinéenne, soit plus de 8 millions de bénéficiaires directs.
« Aujourd’hui, une grande partie des Guinéens paie directement les dépenses de santé, ce qui représente une lourde charge pour les ménages », a-t-elle expliqué.
À terme, le programme prévoit également le conventionnement de plus de 500 établissements sanitaires publics et privés. L’objectif est de réduire considérablement les dépenses de santé supportées directement par les familles, avec une cible inférieure à 30 %.
Le coût estimatif de cette réforme est évalué à environ 80 millions de dollars.
Huit centres de diagnostic et de dialyse prévus à l’intérieur du pays
Autre chantier annoncé : la construction de huit centres de diagnostic, d’imagerie et de dialyse dans les différentes régions du pays.
Cette initiative vise à rapprocher les services de santé des populations et à réduire les difficultés rencontrées par les patients contraints de se déplacer jusqu’à Conakry pour bénéficier de certains soins spécialisés.
Aminata Diallo a particulièrement insisté sur le cas des malades nécessitant des séances régulières de dialyse.
« À l’intérieur du pays, il n’existe pas suffisamment de centres de dialyse. Les patients sont obligés de venir à Conakry pour leurs soins », a-t-elle déploré.
Elle a précisé que ces infrastructures seront développées dans une logique de complémentarité avec le ministère de la Santé. La Caisse aura pour rôle de financer ou contribuer à la mise en place des équipements et d’acheter les soins, tandis que le ministère de la Santé assurera leur prise en charge médicale.
« Nous sommes des acheteurs de soins. Nous achetons les soins avec le ministère de la Santé qui assure leur délivrance », a-t-elle expliqué.
Vers une présence renforcée de la Caisse sur le territoire national
Au-delà du domaine sanitaire, la Directrice générale a également annoncé la nécessité de renforcer les infrastructures administratives de la Caisse à travers la construction de bureaux propres dans les régions et préfectures.
Elle a relevé que plusieurs représentations locales fonctionnent encore dans des bâtiments administratifs qui ne répondent pas toujours aux besoins d’accueil des assurés.
La construction de nouveaux locaux devrait ainsi permettre à l’institution d’améliorer ses services et de renforcer sa proximité avec les citoyens.
Aminata Diallo ambitionne également de faire de la Caisse de Prévoyance Sociale Générale une institution de référence en Afrique de l’Ouest, en s’inspirant notamment des modèles existants dans la sous-région.
« Même si nous sommes une nouvelle institution, nous voulons aller plus loin et devenir une référence », a-t-elle déclaré.
Un nouveau modèle social pour accompagner la Guinée
La question du financement des engagements antérieurs de l’État envers les pensionnés figure également parmi les défis à relever pour consolider la crédibilité du système.
À travers ces différentes réformes, le ministère de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale entend engager une transformation profonde de la protection sociale guinéenne.
L’objectif affiché est de bâtir un système plus universel, plus accessible et mieux adapté aux besoins des populations, tout en accompagnant les grandes mutations économiques attendues avec le développement du projet Simandou.
Thierno Mamadou Taire balde 622 24 28 72









