
Conakry / Mamou – Guinée
Mamadou Bailo Diallo, citoyen guinéen né le 12 juin 1982 à Mamou, incarne le destin tragique de nombreux militants politiques pris au piège des tensions ethniques et de la répression étatique en Guinée. D’origine peulhe et de confession musulmane, son parcours est marqué par un engagement politique assumé, un rejet communautaire profond et une succession de persécutions qui l’ont contraint à l’exil.
Très jeune, après l’obtention de son brevet à Mamou, Mamadou Bailo Diallo s’intéresse à la politique et aux idéologies prônant l’unité nationale. Contrairement à l’orientation politique majoritairement attendue des membres de son ethnie, il choisit d’adhérer au Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG), parti dirigé par le professeur Alpha Condé. Ce choix, fondé sur la conviction et non sur l’appartenance ethnique, marque le début de ses difficultés.

En Guinée, la vie politique demeure profondément marquée par l’ethnocentrisme. Les Peulhs sont traditionnellement associés à des partis comme l’UFDG, tandis que le RPG est majoritairement soutenu par les Malinkés. Le positionnement de Mamadou Bailo Diallo lui vaut rapidement d’être perçu comme un « traître » par sa propre communauté. Sa famille, y compris son père, le rejette publiquement, allant jusqu’à l’expulser du domicile familial.
Lors des violences post-électorales de 2010, le militant est violemment agressé par des manifestants affiliés à l’UFDG. Il est frappé, poignardé et laissé avec de multiples blessures dont les cicatrices sont encore visibles aujourd’hui. Cet épisode marque un tournant décisif dans sa vie, renforçant sa vulnérabilité et sa peur permanente.
Après l’élection d’Alpha Condé à la présidence, les menaces à son encontre s’intensifient. Harcelé, insulté et traqué, Mamadou Bailo Diallo est contraint de quitter clandestinement la Guinée en janvier 2011. Il trouve refuge successivement au Mali, au Bénin, puis en Guinée équatoriale, où il vit en exil pendant plusieurs années.
Malgré les risques, il décide de rentrer en Guinée après la réélection du président Alpha Condé. Fidèle à ses convictions, il s’investit à nouveau dans la vie politique et devient Secrétaire général du mouvement VOLCOM RPG, une plateforme de communication visant à sensibiliser les jeunes contre la manipulation ethnique, la corruption et les violations des droits humains.
Le coup d’État militaire du 5 septembre 2021 met brutalement fin à cet engagement. La junte du CNRD lance une vaste répression contre les anciens cadres et communicants du RPG. Mamadou Bailo Diallo est arrêté arbitrairement, détenu pendant trois mois, séquestré par des militaires encagoulés et libéré uniquement après paiement forcé. À sa sortie, il fait l’objet de menaces constantes et de recherches actives.
Privé de toute protection étatique et toujours rejeté par sa communauté, il est une nouvelle fois contraint de fuir. Grâce à une aide discrète, il quitte la Guinée pour le Brésil. Mais même en exil, les persécutions continuent. Identifié par des membres influents de la communauté peulhe et de l’UFDG à São Paulo, il reçoit de nouvelles menaces de mort.
Face à ce danger permanent, Mamadou Bailo Diallo prend la décision ultime de chercher refuge aux États-Unis d’Amérique, pays qu’il considère comme l’un des derniers espaces où la liberté d’expression et la protection des droits humains demeurent effectives.
Aujourd’hui, son histoire illustre de manière saisissante la réalité des persécutions politiques, ethniques et communautaires en Guinée. Elle met en lumière l’absence de protection pour ceux qui refusent de se soumettre aux logiques identitaires et qui osent défendre une vision inclusive de la démocratie
Cet article est publié à des fins d’information et de sensibilisation sur la situation des droits humains en Guinée.









