DISCOURS OFFICIEL – JOURNÉE MONDIALE DE L’EAU (21 MARS)
Ministre de l’Hydraulique – République de Guinée
Mesdames et Messieurs,
Chers compatriotes,
Partenaires techniques et financiers,
Représentants du secteur privé,
En ce jour où le monde entier célèbre la Journée mondiale de l’eau, je ne suis pas ici devant vous pour commémorer une ressource.
je suis devant vous pour faire face à une réalité.
Une réalité qui nous interpelle.
Une réalité qui nous oblige.
Car au-delà des discours, au-delà des chiffres, au-delà des institutions,
il y a une vérité fondamentale, universelle, incontestable : L’eau, c’est la vie
Mais aujourd’hui, permettez-moi d’ajouter :
L’eau, c’est aussi une responsabilité.
Une responsabilité collective.
Une responsabilité immédiate.
Une responsabilité historique.
Et cette année, la communauté internationale nous invite à aller encore plus loin, en plaçant au cœur de notre réflexion un principe fondamental : Eau et Égalité.” Car l’accès à l’eau n’est pas seulement une question d’infrastructure.
C’est une question de justice.
C’est une question de dignité.
C’est une question d’égalité.
La Guinée, notre pays, est souvent perçue comme un château d’eau de l’Afrique de l’Ouest.
Et pourtant. Dans nos villes, dans nos quartiers, dans nos villages, des femmes, des hommes, des enfants continuent de chercher de l’eau.
De marcher pour l’eau.
D’attendre l’eau.
D’espérer l’eau.
Mais soyons justes dans notre analyse :
Ce sont les femmes et les filles qui portent, au quotidien, le poids le plus lourd de cette réalité.
Ce sont elles qui se lèvent à l’aube.
Ce sont elles qui parcourent des kilomètres.
Ce sont elles qui sacrifient leur temps, leur éducation, parfois leur santé, pour garantir l’eau à leurs familles.
Ainsi, parler d’eau, aujourd’hui, c’est aussi parler :
d’égalité des chances, d’accès à l’éducation pour les jeunes filles, de justice sociale,
et de dignité humaine.
Notre pays compte aujourd’hui plus de 2 500 000 ménages, avec une croissance démographique rapide, une urbanisation accélérée, et une pression croissante sur nos infrastructures.
Malgré les efforts engagés, malgré les investissements consentis,
malgré les projets en cours, l’accès à l’eau potable reste encore en deçà des attentes légitimes de nos populations. Et cette réalité, nous ne la contournons pas. Nous l’assumons.
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi de vous parler avec franchisse. Si nous continuons sur les mêmes trajectoires, dans une vingtaine d’années, plusieurs de nos localités connaîtront un stress hydrique sévère.
Oui.
Des villes entières pourraient manquer d’eau.
Des territoires entiers pourraient basculer dans la rareté.
Et cette menace est aujourd’hui aggravée par une réalité que nous ne pouvons plus ignorer : le changement climatique.
L’irrégularité des pluies,
la diminution des ressources disponibles,
la dégradation des écosystèmes, tout cela fragilise davantage l’accès à l’eau.
Mais je veux vous le dire avec la plus grande fermeté : Ce scénario ne se produira pas.
Parce que nous avons pris conscience depuis 5 ans,
Parce que nous avons décidé d’agir en réhabilitant les stations de plusieurs villes et en amorçant le démarrage du majestueux projet Eau potable pour le grand Conakry attendus depuis 15 ans.
Parce que nous sommes engagés, déterminés, et mobilisés.
Des efforts engagés, mais encore insuffisants
Ces dernières années, nous avons agi.
Nous avons :
• renforcé les réseaux d’adduction d’eau potable,
• multiplié les infrastructures en zones rurales,
• lancé des projets structurants en milieu urbain,
• amélioré les capacités de production et de distribution.
Avec l’appui de nos partenaires techniques et financiers,
nous avons engagé des programmes majeurs :
• le projet d’alimentation en eau potable du Grand Conakry,
• le programme des 7 capitales régionales,
• et plusieurs initiatives locales d’extension et de réhabilitation.
Mais soyons lucides : Ces efforts, bien que significatifs, restent en deçà des besoins réels.
Aujourd’hui, le défi n’est pas seulement technique. Il est profondément économique.
Le besoin global d’investissement dans le secteur de l’eau est estimé à : près de 2,4 milliards d’euros.
Et pendant que les besoins augmentent, les ressources, elles, se raréfient.
Les investissements internationaux dans le secteur de l’eau diminuent, principalement en raison d’une perception persistante : le faible retour sur investissement oui, l’eau doit payer l’eau. Ne nous mentons pas, l’eau doit payer l’eau. Sans cela aucun investissement ne sera viable.
Oui cela étant dit : Mais permettez-moi de poser une question simple :
Quel est le véritable retour sur investissement de l’eau ?
Est-ce un taux financier ?
Ou est-ce la santé d’un peuple ?
La stabilité d’un pays ?
La dignité d’une nation ?
C’est pour cela, Changer de paradigme constitue une nécessité absolue
Nous devons aujourd’hui franchir une étape décisive.
Oui, l’eau est un produit social. Mais elle ne peut plus être pensée un.










